
Pyrograver sur tilleul : ce que ce bois fait que le pin ne fait pas
On me demande parfois quel bois choisir pour commencer la pyrogravure. La réponse qu'on lit partout est « le tilleul », et elle est juste. Mais je n'ai jamais lu pourquoi, autrement qu'en listes d'adjectifs. Alors voilà, avec le fer à la main.
Je grave sur tilleul pour Griffe de feu et pour Fleurs de montagne. J'ai gravé sur pin pour Hurlement de flamme. Ce ne sont pas deux variantes du même geste : ce sont deux gestes différents.
Ce qui se passe quand la pointe touche le bois
La pyrogravure n'est pas du dessin. C'est une brûlure. La pointe est à plusieurs centaines de degrés, elle carbonise la fibre, et la trace est définitive. On ne gomme pas une brûlure. On ne la pâlit pas. Si la main tremble, la planche est perdue, et avec elle les deux à trois heures et demie déjà passées dessus.
Tout le reste découle de là. Un bois pour la pyrogravure n'est pas un bois « joli » : c'est un bois qui ne surprend pas la main.
Le grain du tilleul ne dévie pas le trait
Le tilleul a un grain fin et régulier, et surtout il n'a pas de contraste de dureté entre ses cernes de croissance. La pointe avance à vitesse constante : la ligne que je trace est la ligne que j'ai voulue.
Le pin, lui, alterne bois de printemps tendre et bois d'été dur. La pointe mord vite dans le tendre et accroche dans le dur. Sur un trait long, le résultat est une ligne qui s'épaissit et s'amincit toute seule, et qui part parfois suivre le cerne au lieu de suivre le dessin. Sur Hurlement de flamme, j'ai composé avec : le loup est traité en masses plutôt qu'en traits fins, parce que le bois ne m'aurait pas laissé faire autrement.
La résine, et pourquoi elle complique tout
Le pin est résineux. La résine fond sous la pointe, colle, et encrasse le fer en quelques minutes. Il faut nettoyer souvent, et un fer encrassé ne chauffe plus pareil, donc la brûlure change de teinte au milieu d'un aplat. Le tilleul n'a presque pas de résine : le fer reste propre, la teinte reste égale.
C'est un détail d'atelier, pas de catalogue. Mais c'est lui qui décide si un dégradé tient sur toute sa longueur.
Le bois pâle fait le contraste
Le tilleul est très clair, presque blond. La brûlure y va du beige au brun foncé, et toute cette échelle se lit. Sur un bois déjà coloré, les valeurs claires disparaissent : on perd la moitié du vocabulaire.
C'est pour cette raison que, sur Fleurs de montagne, j'ai pu graver le trait au feu puis poser la couleur à la main par-dessus, lavande, bleu, jaune. Le dessin reste lisible sous la couleur parce que le brun tranche sur le fond clair.
Ce que le tilleul ne fait pas
Il est tendre, donc il se marque au moindre choc. Une pièce en tilleul ne se pose pas n'importe où avant d'être accrochée, et elle se range à plat. Il n'aime pas non plus l'humidité : une salle de bains est le mauvais endroit pour une pyrogravure, quel que soit le bois.
Et sa tendresse se paie à l'autre bout : il ne tient pas une sculpture fine en relief aussi bien qu'un bois dur. Pour graver, c'est un avantage. Pour tailler, c'en est un autre débat.
Si vous voulez essayer
Prenez une planchette de tilleul poncée au grain fin, pas de vernis, pas de cire : tout ce qui est posé sur le bois brûle avant lui et dégage une fumée qu'il vaut mieux ne pas respirer. Travaillez près d'une fenêtre ouverte.
Et commencez par des traits droits sur une chute, à plusieurs températures, pour voir l'échelle de bruns que votre fer donne. C'est cette échelle qui sera votre palette, et elle n'est pas la même d'un fer à l'autre.
Les pièces que je grave sont dans la collection Décoration murale en bois gravé. Chacune demande deux à trois heures et demie, et aucune ne peut être refaite à l'identique.
Christine, artisane en Provence depuis plus de dix ans. En savoir plus →
Ces créations sont faites dans mon atelier, à la main, chacune différente.
Voir ma boutique