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Dictionnaire

Le dictionnaire des symboles

Une plume de pie ne dit pas la même chose qu'une plume d'aigle, et la couleur dit encore autre chose que l'espèce. Voici ce que portent les symboles que je travaille, famille par famille.

Je m'appelle Christine JULIEN et je noue des macramés et des attrape-rêves dans mon atelier de Cuges-les-Pins, en Provence, depuis plus de dix ans. Si j'écris ce dictionnaire, ce n'est pas pour faire une encyclopédie : il en existe déjà, et de meilleures que la mienne sur l'histoire pure. C'est parce que je suis sans doute l'une des rares personnes à écrire sur ces symboles en les ayant entre les mains.

Une plume, je la choisis par la hampe avant de la relier à la pièce. Je sais laquelle se casse, laquelle se laisse teinter, laquelle change de couleur selon l'angle. Je sais aussi lesquelles je refuse d'utiliser. Un symbole n'est pas une entrée de catalogue : c'est une matière qui résiste, et c'est de là que je parle.

Ma mission est de redonner du sens aux intérieurs. Cela commence par ne pas raconter n'importe quoi sur les objets qu'on y accroche.

Ce que vous lirez ici, et ce que vous n'y lirez pas

  • Les symboliques sont présentées comme des traditions rapportées, pas comme des vérités. Quand plusieurs peuples disent des choses différentes, je le signale au lieu de choisir la version qui arrange.
  • Quand un symbole n'appartient pas aux cultures dont je m'inspire, je le dis en premier. C'est le cas de la pie, du paon, du coq, du fer à cheval. Je préfère vous décevoir en une phrase que vous laisser croire quelque chose de faux.
  • Les noms de mes pièces sont imaginés librement, avec une intention poétique, sans prétention d'exactitude historique ou anthropologique. Ils ne revendiquent aucune filiation avec un peuple en particulier.
  • Aucune de ces entrées ne promet un effet. Je noue des objets de décoration, je ne vends pas de protection.

Les plumes, espèce par espèce

C'est la question qu'on me pose le plus souvent. Chaque oiseau porte une lecture différente, et les traditions ne disent pas toutes la même chose. Je précise à chaque fois d'où vient ce que je rapporte, et je dis lesquelles de ces plumes passent vraiment entre mes mains.

Plume d'aigle

Chez les peuples des Grandes Plaines, c'est la plume la plus haute : force, courage, lien avec le monde spirituel. Elle ne se portait pas, elle se méritait, acte par acte, et une coiffe complète se lisait comme une biographie. Aux États-Unis, sa détention est encore aujourd'hui encadrée par la loi et réservée aux membres des tribus reconnues.

Je la réserve aux pièces que je veux brutes. Pour Racines du silence, j'ai écarté la pintade, trop douce pour ce que la pièce devait dire, et j'ai choisi l'aigle.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Racines du silence : attrape-rêves mural monté avec des plumes d'aigle et des perles naturelles

Plume de hibou

Sagesse, intuition, clairvoyance : c'est la lecture qui revient le plus souvent. Dans la fabrication traditionnelle des attrape-rêves ojibwe, la plume de hibou était associée à la sagesse et au féminin, et on la destinait aux berceaux des filles, quand celle d'aigle allait aux garçons.

Je ne travaille pas la plume de hibou. Le hibou, je le noue : une forme en corde de coton, deux perles de bois pour les yeux, et il se reconnaît immédiatement.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Hibou : porte-clés noué à la main, le hibou en forme et non en plume

Plume de chouette

Le français sépare le hibou de la chouette (les aigrettes sur la tête du premier), mais les traditions qui nous sont rapportées ne font pas cette distinction : elles parlent d'un oiseau de nuit, qui voit ce que les autres ne voient pas. La lecture est donc la même : sagesse, intuition, perception de l'invisible. Dans plusieurs traditions d'Amérique du Nord, l'oiseau de nuit est aussi un annonciateur de mort, et cette face du symbole est rarement mentionnée.

Je n'en utilise pas. Quand une pièce demande ce registre nocturne, je passe par la couleur plutôt que par l'espèce.

Plume de corbeau

Transformation, protection, passage entre les mondes. Sur la côte nord-ouest du Pacifique, le Corbeau n'est pas un symbole mais un personnage : un créateur farceur, celui qui vole la lumière et la donne aux hommes. Ailleurs, sa couleur l'a surtout fait associer au mauvais présage, ce qui en dit plus long sur ceux qui le racontent que sur l'oiseau.

Je n'ai jamais travaillé la plume de corbeau. Pour un registre sombre, je passe par des plumes de coq teintées : dans Souffle d'ombre, c'est ce qui donne à la pièce sa part de mystère.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Souffle d'ombre : plumes de coq écrues et teintées marron, ouvertes en éventail sous le motif

Plume de pie

C'est l'une des recherches qui m'amènent le plus de monde, et je préfère être franche : la pie n'appartient pas aux traditions amérindiennes dont je m'inspire. Ce qu'on lui prête vient d'ailleurs. Le folklore européen en a fait une voleuse d'objets brillants et une bavarde, au point qu'elle a donné son nom à un opéra de Rossini. En Chine, c'est l'inverse : on la dit annonciatrice de bonnes nouvelles. Son plumage noir et blanc a fait le reste : deux couleurs opposées sur le même oiseau, et chacun y a lu ce qu'il voulait.

Je n'utilise pas de plumes de pie. Quand je cherche ce contraste du noir et du blanc, je l'obtiens avec la pintade, mouchetée de blanc régulier sur gris sombre.

La signification des plumes, espèce et couleur

Plume de faisan

Élégance, beauté, présence : c'est ce qu'on lui associe le plus souvent. Le faisan doré, avec ses longues plumes rayées, est celui qui se remarque le plus dans une composition, et il n'a pas besoin de teinture pour cela.

C'est l'une des trois espèces que je travaille le plus, avec l'oie et la pintade. Je la choisis quand une pièce a besoin d'une ligne longue, qui descend et qui bouge au moindre courant d'air.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Brume : attrape-rêves triple en jute, plumes de faisan
  • Esprit du vent : attrape-rêves en volume, prisme et anneaux dorés, plumes de faisan

Plume de faucon

Vision et rapidité d'esprit. Là où l'aigle porte la hauteur, le faucon porte la précision : c'est l'oiseau qui voit de loin et qui décide vite.

Je n'en utilise pas. C'est une plume courte et rigide, qui ne fait pas ce que je cherche quand une plume doit descendre et se laisser porter par l'air.

Plume de paon

Elle ne vient pas des traditions amérindiennes : le paon est un oiseau d'Asie du Sud, lié dans l'hindouisme à Krishna et à Kartikeya. L'ocelle au bout de la plume a nourri le reste des lectures : la mythologie grecque y a placé les yeux d'Argos, et l'Europe en a fait tour à tour un signe de royauté et de vanité.

Je l'ai utilisée une seule fois, pour le masque Vision : ses bleu-verts reprenaient exactement les couleurs de la terre cuite, et je n'ai rien ajouté d'autre. C'est aussi la plus difficile à assortir, parce qu'elle est iridescente : elle change selon l'angle et selon la lumière.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Vision : masque en terre cuite, plumes de paon pour seul accompagnement

Plume de pintade

La pintade n'a pas de symbolique rapportée dans les traditions amérindiennes : c'est un oiseau d'Afrique de l'Ouest. Sa plume est pourtant l'une des plus reconnaissables qui soit, gris sombre mouchetée de blanc régulier, et c'est ce motif qui la fait choisir plutôt qu'un sens.

C'est ma plume de la douceur. Pour Douceur d'âme, tout est dit dans le nom de la pièce. Sous la Lune blanche, elle apporte le seul mouvement d'une composition restée presque minérale.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Douceur d'âme : coton écru, laine mérinos et plumes de pintade
  • Lune blanche : croissant de métal enveloppé de corde écrue, plumes de pintade en dessous

Plume d'oie

Voyage, communication, transmission du savoir : l'oie est l'oiseau qui part, qui revient, et qui vole en formation. En Europe, c'est aussi la plume de l'écriture pendant plus de mille ans, ce qui rejoint la même idée par un autre chemin.

C'est ma plume de fond, celle que j'utilise le plus souvent sans qu'on la remarque. Elle est souple, elle se laisse teinter, elle tient dans le temps. On la trouve sous la patte d'ours, sous les loups pyrogravés, dans Feu sacré.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Patte d'ours Protection : pyrogravure sur pin brut, trois plumes d'oie suspendues en dessous
  • Feu sacré : couronne de saule, coton recyclé, plumes d'oie et de faisan

Plume de coq

Le coq n'appartient pas non plus à ces traditions : il est européen et asiatique, emblème de la France, oiseau qui annonce le jour et qu'on a posé en girouette au sommet des clochers pour veiller. Sa plume est longue, nervurée, et elle prend très bien la teinture.

C'est celle que j'utilise quand je veux de la couleur sans peindre. Dans Chemin sacré, les plumes de coq ne tombent pas vers le bas : elles ceignent le pourtour et forment comme un halo.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Chemin sacré : tenture et attrape-rêves en une seule pièce, plumes de coq en halo
  • Souffle d'ombre : plumes de coq écrues et teintées marron

Les plumes, couleur par couleur

L'espèce n'est qu'une moitié de la lecture. La couleur en est l'autre, et c'est elle qui décide le plus souvent de l'équilibre d'une pièce, parce que c'est elle qu'on voit avant tout le reste.

Plume blanche

Pureté, sagesse, protection. C'est la couleur la plus demandée, et celle qui porte le plus de projections : beaucoup de gens voient dans une plume blanche trouvée par hasard un signe envoyé par un proche disparu. Je ne sais pas si c'est vrai, et les traditions que je rapporte ne disent pas cela : elles parlent de protection, pas de message.

Dans l'écru, le blanc d'une plume ne ressort pas. C'est contre-intuitif, mais une plume blanche demande un fond plus sombre ou une autre matière pour se voir.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Sérénité : ici les plumes sont nouées en coton écru, fil après fil, pas prélevées sur un oiseau

Plume noire

Connexion avec l'invisible, protection spirituelle. Dans ces traditions, le noir n'est pas lu comme une couleur négative : c'est celle de ce qui ne se voit pas, et donc de ce qui demande à être protégé.

Je l'obtiens par la teinture, sur des plumes de coq. C'est la couleur qui change le plus une pièce : deux plumes sombres suffisent à faire basculer une tenture écrue dans un tout autre registre.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Souffle d'ombre : motif symétrique sur branche naturelle, plumes de coq teintées

Plume grise

C'est une absence dans les listes de symboliques qu'on trouve partout, et je préfère le dire plutôt que de lui inventer un sens. Le gris n'est presque jamais nommé dans les traditions rapportées : il est l'entre-deux du blanc et du noir, et c'est à peu près tout ce qu'on peut en dire honnêtement.

En pratique, c'est la couleur que je manipule le plus, parce que c'est celle de la pintade et d'une bonne partie des plumes d'oie naturelles. Le gris ne force rien : il s'accorde avec l'écru du coton sans lui disputer la place.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Douceur d'âme : plumes de pintade, gris moucheté sur coton écru
  • Brume : jute, trois cercles et plumes de faisan dans les gris

Plume rouge

Énergie, courage, force de vie. C'est la couleur du sang et du feu, et sa lecture reste à peu près constante d'une tradition à l'autre, ce qui est assez rare pour être signalé.

Je passe rarement par le rouge pur. Dans Feu sacré, la chaleur vient d'une palette entière (vert avocat, caramel, jaune safran) plutôt que d'une seule plume rouge posée là pour faire signe.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Feu sacré : couronne de saule, palette de terre et d'épices, perles turquoises

Plume jaune ou dorée

Intelligence, spiritualité solaire. C'est la couleur du soleil, et on l'associe à ce qui éclaire, au sens propre comme au figuré.

Le faisan doré la donne naturellement, sans teinture. C'est l'une des rares plumes dont la couleur suffit à porter une composition entière.

La signification des plumes, espèce et couleur

Plume bleue

Paix, sérénité, communication. Un détail qu'on lit rarement : le bleu est rare chez les oiseaux, et la plupart des plumes bleues ne contiennent aucun pigment bleu. Leur couleur vient de la structure microscopique des barbes, qui diffracte la lumière. C'est pour cette raison qu'une plume bleue change d'aspect selon l'angle sous lequel on la regarde.

C'est exactement ce que fait la plume de paon, et c'est ce qui la rend si difficile à assortir : sa couleur n'est pas fixe. Sur le masque Vision, elle répond aux turquoises de la terre cuite sans jamais donner deux fois la même nuance.

La signification des plumes, espèce et couleur

  • Vision : masque en terre cuite aux bleu-verts, plumes de paon

L'attrape-rêves, élément par élément

Le cercle, la toile, les plumes, les perles : dans l'objet ojibwe d'origine, chaque partie a une fonction précise. J'en noue depuis plus de dix ans, et comprendre cela a changé la façon dont je les fais.

L'attrape-rêves

Il vient du peuple ojibwe, autour des Grands Lacs. Dans sa langue il se nomme asabikeshiinh, mot qui signifie littéralement araignée, en référence à Asibikaashi, la Femme Araignée. À l'origine, ce n'était pas un objet de décoration : c'était une toile suspendue au-dessus d'un berceau. Et sa lecture n'est pas unique : chez les Ojibwe la toile retient les cauchemars, chez les Lakota c'est l'inverse, les mauvais rêves passent par le trou central et s'évanouissent tandis que les bons sont retenus.

Les miens sont décoratifs, et je le dis. Ils s'inspirent de cette tradition, ils ne la perpétuent pas : je ne me suis jamais autorisée à prétendre le contraire.

Attrape-rêves : origines ojibwe et symbolique

Le cercle

Traditionnellement en bois de saule souple. Il représente le cycle : la course du soleil et de la lune, le passage des saisons, le mouvement de la naissance à la renaissance. Un cercle n'a ni début ni fin, et c'est un symbole sacré omniprésent dans ces cultures, de la roue de médecine à la disposition même des camps.

Je travaille sur trois supports différents, et ce choix n'est jamais neutre : l'anneau de hêtre quand je veux un cercle net, la couronne de saule quand j'accepte une forme irrégulière, l'anneau de métal quand la pièce doit rester fine.

Attrape-rêves : origines ojibwe et symbolique

  • Feu sacré : tissé sur une couronne de saule naturel, volontairement imparfaite
  • Sérénité : anneau de hêtre de 17 cm, cercle net

La toile

Elle symbolise le chemin de la vie : chaque fil tendu du cercle vers le centre est une direction possible, chaque croisement un moment de décision. La toile ojibwe traditionnelle compte huit points d'attache sur le cercle, pour les huit pattes de l'araignée Asibikaashi, et un petit trou reste ouvert au centre.

C'est la partie qui ne pardonne rien. Une tension irrégulière se voit immédiatement et il n'y a pas de rattrapage possible : on défait, et on recommence.

Attrape-rêves : origines ojibwe et symbolique

  • Chemin sacré : toile tissée à la main au centre, encadrée d'un anneau blanc

Les plumes suspendues

Elles ne sont pas un ornement, à l'origine : elles servent d'échelle douce aux bons rêves, qui glissent le long des plumes jusqu'au dormeur. C'est leur fonction, et elle explique pourquoi elles pendent sous le cercle plutôt qu'autour.

Dans mes pièces, leur rôle est plus terre à terre : elles apportent le mouvement. Un souffle d'air les met en mouvement et je trouve le spectacle ravissant. Elles viennent toujours en dernier, quand le tissage est fini et que la pièce a déjà trouvé son équilibre.

La signification des plumes, espèce et couleur

Les perles

Elles représentent les bons rêves retenus : des gouttes de lumière figées dans la toile, comme la rosée du matin sur une vraie toile d'araignée. Dans certaines traditions, une perle unique au centre représente Asibikaashi elle-même, qui continue de veiller.

J'utilise des perles en bois, parfois une perle turquoise ou une perle tribale quand la composition demande un point de couleur. Une seule suffit presque toujours.

Attrape-rêves : origines ojibwe et symbolique

Les symboles amérindiens

Je m'inspire librement de ces cultures, sans prétendre les représenter. Ce que je rapporte ici vient de traditions orales, souvent divergentes d'un peuple à l'autre, et je le signale quand c'est le cas.

Kokopelli

Le joueur de flûte bossu des peuples du Sud-Ouest des États-Unis (Hopi, Zuni, Navajo, Anasazi). Il est représenté depuis plus de trois mille ans, et des gravures rupestres le figurant ont été retrouvées sur une aire géographique immense. On lui prête la fertilité, la pluie, la musique, la transmission du savoir, et un caractère de farceur. Dans plusieurs récits, sa bosse est un sac de graines qu'il sème sur son passage.

La sculpture en terre cuite n'est pas de mes mains : elle vient d'un artisan qui travaille cette matière dans un style ancestral. C'est moi qui l'ai habillée, en cordons de jute, perles de bois et plumes.

Kokopelli, le joueur de flûte amérindien

  • Kokopelli : terre cuite habillée de jute, de perles et de plumes naturelles

Le loup

Loyauté, instinct, lien au clan : le loup chasse en groupe et ne survit pas seul, et c'est de là que viennent la plupart des lectures qu'on lui donne. Il traverse un très grand nombre de traditions, de l'Amérique du Nord à l'Europe, avec des valeurs souvent opposées : guide et maître chez les uns, menace à abattre chez les autres.

Je ne noue pas le loup, je le brûle. Il est pyrogravé à la pointe chaude sur une tranche de bois, et les nervures du bois font partie du dessin : je ne les efface pas, elles appartiennent à la pièce.

Le loup pyrogravé, du dessin à la pointe chaude

La patte d'ours

L'ours est l'un des animaux les plus respectés des traditions d'Amérique du Nord : force, courage, guérison, et le long sommeil de l'hiver qui en fait aussi un animal de renouveau. L'empreinte dit autre chose que l'animal : elle dit qu'il est passé là.

Je l'ai gravée dans du pin brut non traité, et j'ai suspendu dessous trois plumes d'oie sur des cordelettes. La pièce fait quinze centimètres de diamètre, et elle a quand même une présence.

Asibikaashi, la Femme Araignée

Figure protectrice du peuple anishinaabe. La tradition orale raconte qu'elle tissait chaque matin sa toile pour y capturer les premiers rayons du soleil et les offrir à son peuple. Quand les Ojibwe se sont dispersés sur le continent, elle ne pouvait plus veiller sur tous les dormeurs : les mères et les grands-mères ont commencé à tisser des toiles sur des cerceaux de saule à sa place. C'est l'origine du premier attrape-rêves.

Je l'ai tissée une fois littéralement, en toile d'araignée, sur un vrai fer à cheval. Deux symboles protecteurs venus de deux mondes qui ne se sont jamais rencontrés, et c'est précisément ce que je voulais voir ensemble.

Attrape-rêves : origines ojibwe et symbolique

La coiffe de plumes

Un large arc de grandes plumes dressées, qui retombe parfois jusqu'aux épaules. Elle n'a jamais été universelle : cette forme précise appartient aux peuples des Grandes Plaines (Lakota, Cheyenne, Comanche, Apache) et seuls certains chefs et guerriers la portaient. Chaque plume correspondait à un acte reconnu par la communauté, ce qui fait d'une coiffe complète une biographie lisible. C'est aussi l'un des objets les plus détournés de ces cultures.

Je n'en fabrique pas, et je n'en fabriquerai pas. Une coiffe se méritait plume par plume : elle ne se décore pas.

Les symboles mayas et aztèques

Mayas et Aztèques sont deux civilisations distinctes, séparées par des siècles et par des centaines de kilomètres, et on les confond presque toujours. La différence vaut la peine d'être faite, surtout quand on cherche un objet.

Le calendrier maya

Il n'y a pas un calendrier maya mais trois, imbriqués les uns dans les autres. Le Tzolk'in, sacré, compte 260 jours en vingt périodes de treize. Le Haab' suit le soleil : 365 jours en dix-huit mois de vingt jours, auxquels s'ajoutent cinq jours tenus pour néfastes. Le Compte Long sert à inscrire les grandes dates dans le temps long, et c'est la fin de l'un de ses cycles qui a nourri les théories de 2012. Les Mayas, eux, n'avaient rien prédit de tel.

Le disque en terre cuite vient d'une boutique spécialisée, pas de mon atelier. Ce que j'ai fait, c'est l'écrin : une couronne de macramé travaillée pour évoquer la corolle du soleil, qui met le disque en valeur sans le couvrir.

Le calendrier maya : Tzolk'in, Haab' et Compte Long

  • Calendrier maya : disque en terre cuite serti dans une couronne de macramé nouée main

La Pierre du Soleil, dite calendrier aztèque

C'est le monolithe que tout le monde appelle le calendrier aztèque, et l'appellation est une commodité trompeuse. La Pierre du Soleil a été mise au jour en 1790 sous la place centrale de Mexico, et elle est aujourd'hui au Musée national d'anthropologie. On y lit un visage de divinité au centre, les ères du monde qui ont précédé la nôtre, et les vingt signes des jours. Mais ce n'est pas un instrument de mesure du temps : c'est un monument sculpté. Le calendrier aztèque proprement dit fonctionnait en deux comptes parallèles, le xiuhpohualli de 365 jours et le tonalpohualli de 260 jours, selon un principe mésoaméricain bien plus ancien que les Mayas utilisaient déjà des siècles avant eux.

Je n'ai pas de pièce aztèque, et je ne vais pas faire semblant d'en avoir. Si vous cherchez ce disque de pierre, ce n'est pas ce que je fabrique. Ce que j'ai, c'est le calendrier maya dont je parle juste au-dessus, et un masque en terre cuite qui rend hommage à ces héritages mêlés, Aztèques compris.

Le calendrier maya : Tzolk'in, Haab' et Compte Long

  • Calendrier maya : le calendrier maya, pas la pierre aztèque : la confusion vaut d'être levée avant d'acheter
  • Vision : masque en terre cuite, hommage aux héritages précolombiens mêlés

Le masque mexicain

Les masques du Mexique ont un usage rituel qui remonte à l'ère précolombienne : cérémonies religieuses, rites funéraires, danses. On y trouve des animaux totems (jaguar, aigle, serpent), des divinités précolombiennes, des saints chrétiens, des colons espagnols, et les crânes colorés du Jour des Morts. Parler des Aztèques à leur sujet n'est pas faux, c'est incomplet : les Mexicains descendent aussi des Mayas, des Toltèques, des Otomis et de dizaines d'autres peuples que la vulgarisation efface.

Le mien est en terre cuite, et son regard est sans yeux. C'est peut-être là que tout commence : le regard ne s'arrête pas à l'objet, il traverse. Je n'ai rien ajouté sauf des plumes de paon, pour reprendre ses bleu-verts. Parfois l'écrin le plus juste est celui qui se tait.

Les masques mexicains : héritage et symbolique

  • Vision : masque en terre cuite au regard sans yeux, plumes de paon

L'arbre de vie et les symboles du vivant

Ce sont les motifs que je noue le plus : un arbre, une lune, un soleil, un papillon. Des formes que tout le monde reconnaît au premier coup d'œil, et dont presque personne ne connaît l'histoire.

L'arbre de vie

C'est l'un des symboles les plus persistants qui soit : il est apparu séparément chez des civilisations qui ne se sont jamais croisées, des Celtes aux Mayas, de l'Égypte ancienne aux traditions bouddhistes. Partout il dit à peu près la même chose : le lien entre le ciel et la terre, les racines et les branches, la transmission d'une génération à l'autre.

C'est le motif que je noue le plus, et sa logique est contre-intuitive : je commence par la canopée. Toutes les feuilles d'un même niveau démarrent en même temps, le tronc vient après, plus dense et plus serré, et les racines ne sont pas nouées du tout : elles pendent.

L'arbre de vie en macramé : signification et déco

  • Arbre de vie : tissé sur un anneau de hêtre, racines en franges libres

Le lotus

Le lotus pousse dans la vase et sort de l'eau propre : c'est toute sa symbolique, et elle est à peu près la même dans l'hindouisme et dans le bouddhisme, où il porte l'éveil et la pureté. Dans l'Égypte ancienne, le lotus bleu se refermait la nuit pour s'ouvrir au matin, et on y a lu la renaissance.

Je l'ai noué avec le mot ZEN intégré directement dans le tissage, en fil de coton vert. Il fait partie de la structure, pas de la finition : comme si les nœuds le portaient.

  • Macramé Lotus : motif lotus en corde écrue, mot ZEN tissé en fil vert

Le soleil

Il n'y a pas de culture qui n'en ait rien fait. En Mésoamérique, il demandait à être nourri pour continuer sa course, et cette idée est au fondement des calendriers. Les Mayas n'avaient pas le culte solaire des Aztèques, mais ils l'ont observé avec une constance qui force le respect, sans télescope et sans aucun instrument optique.

Je ne voulais pas représenter un soleil, je voulais le construire. La réponse est venue par les densités : un centre en relief pour le cœur, un tissage fin et serré autour, un contour ajouré pour la couronne. Selon l'heure, la lumière ne joue pas pareil sur les nœuds.

Le calendrier maya : Tzolk'in, Haab' et Compte Long

La lune

C'est le temps qu'on peut compter à l'œil nu : ses phases ont servi de repère calendaire dans un très grand nombre de cultures, bien avant toute observation savante du soleil. Son croissant porte l'idée du passage, de ce qui décroît et qui revient, et c'est pour cela qu'on l'associe aux cycles plutôt qu'à la permanence.

Le croissant est en métal, et je l'ai enveloppé de corde écrue nœud après nœud jusqu'à ce qu'il devienne autre chose qu'un simple métal. Je l'ai laissé blanc, presque minéral, et les plumes de pintade apportent le seul mouvement.

  • Lune blanche : croissant de métal habillé de coton écru, plumes de pintade

Le papillon

Il passe par une forme qui ne ressemble en rien à la précédente, et c'est tout ce qu'on a eu besoin de savoir : il porte la transformation dans à peu près toutes les traditions qui l'ont regardé. Au Mexique, on raconte que les monarques arrivant à l'automne sont les âmes des morts qui reviennent, et leur arrivée coïncide avec le Jour des Morts.

Le buddleïa, qu'on appelle aussi arbre à papillons, fleurit chaque été dans mon jardin. À certaines heures, il attire un ballet de papillons de toutes espèces, et c'est pour rendre hommage à cette merveille que j'ai tissé la pièce à trois colonnes.

La spirale

C'est l'une des formes les plus anciennes que l'homme ait gravées : on la trouve sur les pierres de Newgrange en Irlande, plus de cinq mille ans avant nous, puis dans presque toutes les cultures ensuite. Elle dit le mouvement qui revient sans jamais repasser au même endroit, ce qui n'est pas tout à fait ce que dit le cercle.

Je l'ai nouée en pensant au nautile, ce céphalopode qui évolue lentement dans les profondeurs avec sa coquille vissée sur lui comme une maison qu'il porte. Les petits fils qui pendent à droite simulent les tentacules : sans eux, il ne resterait qu'un motif géométrique.

  • Nautile : spirale nouée en corde naturelle, perles nacrées et bois brut

Les porte-bonheur

Le fer à cheval, le cœur, la pierre glissée dans un tissage : ceux-là ne viennent pas d'Amérique. Ils viennent de chez nous, ou de nulle part en particulier, et ils ont leur propre histoire.

Le fer à cheval

Il n'a rien d'amérindien : c'est un porte-bonheur européen, et sa réputation vient d'un faisceau de raisons qui se sont additionnées, le fer forgé réputé éloigner le mauvais sort, le forgeron qui le travaillait, et le cheval lui-même. La tradition veut qu'il soit tourné vers le haut, pour que la chance s'y accumule plutôt qu'elle s'en échappe.

J'utilise de vrais fers, pas des reproductions en résine : un fer qui a du poids et du passé, avec ses légères irrégularités. Et je les oriente toujours vers le haut, parce que c'est ce que la tradition demande et que cela ne coûte rien de la respecter.

Le cœur

Sa forme ne ressemble pas à l'organe, et c'est une invention tardive : elle se fixe en Europe à la fin du Moyen Âge, dans les manuscrits et l'héraldique, avant de devenir le signe le plus lisible qui soit. Il y a des formes qui n'ont pas besoin de contexte, et celle-là en fait partie.

C'est précisément parce qu'elle est universelle qu'elle est difficile : tout se joue dans la matière. Je construis le galbe par la densité des nœuds, pour que la forme connue surprenne quand même celui qui la regarde.

  • Macramé d'amour : cœur en relief noué sur anneau métallique doré
  • Cœur : porte-clés de neuf grammes, reconnaissable au toucher

La labradorite

On rapporte que chez certaines communautés autochtones d'Amérique du Nord, c'est une pierre de protection. Je rapporte ce qu'on en dit et je n'en promets rien. Ce que je peux constater, en revanche, c'est qu'elle change selon la lumière : elle joue du bleu, du vert, parfois de l'or.

Les pierres brutes sont taillées à la main et glissées dans le tissage. Avec trois losanges et la pierre au centre, la colonne finit par avoir quelque chose d'un peu totémique, une présence minérale sans être lourde.

Les articles qui développent ces symboles

Ce dictionnaire donne l'essentiel. Quand un symbole demande plus que quelques lignes, il a son article, et c'est là que je prends le temps.

Voir ces symboles noués

Chaque pièce est unique : du choix de la branche jusqu'à la dernière plume. Je noue avec du coton certifié Oeko-Tex et du bois ramassé dans les collines de Provence.

Si le symbole que vous cherchez n'est pas dans cette liste, écrivez-moi. Je travaille aussi sur mesure, et c'est souvent comme cela qu'une pièce commence.

Parler d'un sur-mesure
Signification des plumes et des symboles | CTJ Creation